" L'inspecteur des inspecteurs", 1966 et "L'escroc", 1969

 

Deux romans pour raconter l'histoire de Kudret Yanardağ qui embobine tout le monde avec ses chaussures qui font psiiit, symbole de sa fascinante prestance de Pacha ! Une drôlerie talentueuse souvent assaisonnée d'une lucidité vitriolée pour décrire la société turque des années 50 qui s'essaye encore confusément à la démocratie de l'après Atatürk mais toujours en conservant un regard affectueux sur les petites gens.

Orhan KEMAL (1914-1970)

Traduction de Jean-Louis MATTEI
Publications Ministère Turc Culture, 1995 et 2002

"L'épopée d'Ali de Kechan", 1964

 

Une pièce de théâtre pour mettre en scène l'univers des bidonvilles, des gecekondu...

Haldun TANER (1915-1986)

Traduction de Jean-Louis MATTEI
Publications Ministère Turc Culture, 1999

" Le fauteuil de Mademoiselle Noraliya", 1949

 

Ferit, étudiant en philosophie et son tortueux chemin vers Dieu et la foi...

Peyami SAFA (1899-1961),

Traduction de Selma ÇİĞDEMOĞLU
Publications Ministère Turc Culture, 1996

MOSAÏQUE LITTERAIRE

Au hasard des lectures, de merveilleuses rencontres de romans turcs ou de romans sur les Turcs : la littérature, splendide mais parfois impitoyable miroir de la vie et des hommes

bravo pour ce dictionnaire des écrivains turcs

bien utile et passionnant à consulter !

! une clef essentielle pour entrer dans la Ville, dans ses souvenirs brumeux !
un roman qui se déroule dans une banlieue chic d'Istanbul, pendant les cahotiques années 80, théâtre sanglant des luttes caricaturales entre une extrême-gauche, elle-même tout aussi violemment déchirée entre des tendances aux spécificités dogmatiques improbables pour le novice : stalino- albanais contre trotskystes tendance Pékin... et une extrême-droite, grotesquement nationaliste et anticommuniste ; roman attachant donc pour ceux qui vécurent en Turquie à cette époque. C'est aussi l'écartellement entre la tentation occidentale et la fidélité orientale avec la lancinante question : "Mais comment peut-on être turc ?" ; et puis cette musique déroutante mais à laquelle on se laisse prendre, d'un récit à plusieurs "je", derrière lequel se terre cette peur de la personnalité double, multiple... qui angoisse si fort l'auteur...
1983 - Gallimard, 1988

Orhan Pamuk (1952-)

! un roman au temps de IV. Mehmet - Avcı Mehmet, le Chasseur !
Prix Nobel de littérature 2006, son oeuvre suscite des réactions tranchées ; les uns redoutent, les autres adorent sa langue inhabituelle, ses construction dramatiques déconcertantes, ses longues digressions, ses jeux de miroirs entre identités multiples...

En tout cas, "Istanbul, Souvenirs d'une ville" semble faire la quasi unanimité ! Récit autobiographique de l'imbrication confuse entre la Ville et l'Ecrivain : comment la personnalité de celui qui se voit d'abord comme peintre puis architecte, se fabrique en se nourrissant des brûmes humides qui montent de la Corne d'Or et du Bosphore et vers lesquelles le renvoit une famille grand-bourgeoise et compliquée, dont le pivot central est un père d'autant plus déterminant qu'il est de plus en plus absent.
Des pages lumineuses sur la nostalgie - "Hüzün", cette tristesse mélancolique, pénible et indispensable, qui s'associe immodérément au sentiment d'irréparable des pertes sans retour. Une - la - clef essentielle pour espérer devenir un jour Istanbouliote !
Evidemment les prosaïques ne verront dans tout cela que l'amertume décadente d'une bourgeoisie ottomane, brisée dans son élan d'occidentalisation qui fit sa puissance économique, ricanant des pitoyables singeries américanisantes de la Turquie des années 60 ; mais l'une et l'autre entérinant l'irrémédiable impossibilité du retour d'un Istanbul authentique... sans nostalgie ! Pour d'autres, ces 450 pages ne seront que la désespérance égocentrique et prolifique d'un fils désemparé par un père gigolo, escro aimable un peu raté, dont la double vie sentimale vaudevillesque renvoie en écho à la scission entre le moi et son double qui va torturer bien des héros d'Orhan Pamuk.
A noter, l'un des derniers chapitres, "Premier amour" et la mystérieuse Karagül : une merveilleuse nouvelle, très romantique et ... nostalgique
2003 - Gallimard, 2007
! un émouvant témoignage d'affection filiale !
! quelques renseignements et liens grâce à Wikipedia !
"İnce Memed" (Mèmed le Mince), 1955

Yaşar Kemal, écrivain turc kurde, génial enfanteur d'İnce Memed dont les aventures dénoncent les terribles injustices d'une société encore lourdement féodale tout en exprimant la puissante sensualité qui emporte dans son tourbillon, vents, rivières, nuages, fleurs, animaux, hommes... , et auxquelles une excellente traduction nous permet d'accèder de plain pied ! A lire absolument !

Gallimard, 1975


"İnce Memed II" (Mèmed le Faucon), 1969 (1976)



"İnce Memed III" (Le retour de Mèmed le Mince), 1984 (1986)



"İnce Memed IV" (Le dernier combat de Mèmed le Mince), 1987 (1989)

Yaşar Kemal (1923-)

"Les Tours de Trébizonde", 1956

 

A dos de chameau... dans la Turquie de la guerre froide, encore jeune orpheline d'Atatürk. Un roman à l'humour très "british", dont l'ironie jamais méchante a même du mal à cacher son affection pour ce pays et ses habitants si accueillants !

Rose MACAULAY (1881-1958)

10/18, 1962

"La Batarde d'Istanbul", 2007

 

un roman décapant, totalement décomplexé et sans tabou autour des douloureuses relations entre Turcs et Arméniens, même si ça n'en est pas finalement la seule dimension, qui décrit l'itinéraire difficile d'une jeune américaine, arménienne par son père et dont la mère se remarie avec un Turc dont la famille, l'accueille lors du retour qu'elle tient à entreprendre vers ses racines istanbouliotes.

Des portraits forts, une intrigue romanesque dense au dénouement terrible : un bon roman! Et s'il permettait d'avancer dans le difficile mais indispensable dialogue entre ces deux peuples, si séparés et pourtant si proches ?


Elif SHAFAK

10/18 - Phébus, 2008, 375 p.

"Contes de la montagne d'ordure", 1983

 
Extraordinaire roman, dont le héros est un gecekondu, ces zones construites en une nuit où viennent se réfugier tous ceux que la Ville n'a pas accueilli ou qu'elle rejette. Terrible peinture de la métropole dévorant ses enfants qui au milieu la lutte pour leur survie trouvent les voies d'une solidarité émouvante.

Latife TEKIN (1957-)
Stock 1997 - Traduction de Ali SEMIZOĞLU

"La vie est un caravansérail", 1992

 

Romancière née en Turquie qui émigre à Berlin-Est à 19 ans. Ce premier roman (écrit en allemand ?) propose un merveilleux voyage dans son enfance anatolienne dont l'ambiance est magnifiquement restituée, alternant poésie onirique de rêves juvéniles et verdeur de petits éclairs crus et réalistes

Emine Sevgi Özdamar (1946-)
Le serpent à plumes, 2003