MOSAÏQUE KEMALISTE

L'immense Mustafa Kemal Atatürk, qui fonde la République Turque avec la vigoureuse énergie qu'exige la détresse d'un pays voué à la disparition. Mais à l'orée du 3ème millénaire, comment la Turquie peut-elle arriver à réinventer le Kémalisme, alors que des générations de politiciens ont abatardi son génie en vaines formules incatatoires sans prise sur les réalités et angoisses de la société turque d'aujourd'hui ?

1941 : Hitler et... la neutralité des Turcs !

Jacques Benoist-Méchin né en 1901, est dans les années 30 un jeune journaliste très germanophile, auteur d’une monumentale "Histoire de l’armée allemande" (1936). Mobilisé, il vit en direct la débacle de 1940 et s'engage résolument dans la Révolution Nationale de Vichy et plus ardemment encore dans la collaboration "européenne" avec l'Allemagne nazie... Son ouvrage "De la défaite au désastre" écrit en 1944, est une défense affirmée de ses engagements collaborationnistes mais dont la lucidité met à jour sans détour leurs contradictions intenables, leurs limites pitoyables et aussi les misérables incohérences de nombreux vichystes dont les discours enflammés ont grand'peine à cacher leurs comportements minables !

Le 11 mais 1941 ! - il le dit lui-même : "un an auparavant, à la même heure, les armées allemandes se ruaient vers l'ouest à travers la Hollande, la Belgique et le nord de la France", il rencontre Hitler au Berghof de Berchtesgaden, comme collaborateur de Darlan qui va le laisser répondre directement au Führer "qui désirait être renseigné sur la situation en Syrie et les possibilités d'apporter une aide efficace à l'Irak", puisqu'il "avait étudié la question de près".
Après qu'il a essayé de convaincre Hitler que laisser passer les avions allemands en Syrie déclencherait immédiatement "une agression britannique", ce dernier - qui affirme ne pas y croire - lui demande : "Peut-on faire parvenir des armes et des renforts en Syrie ?", il lui précise que : "par mer, c'est impossible" ; Hitler continue :"Et par terre ?", Benoist-Méchin répond alors :
- "Il faudrait le consentement du gouvernement turc. Celui-ci, comme vous le savez, joue un jeu très serré. Il ne veut à aucun prix compromettre sa neutraltié.

- Je sais, je sais.
Le visage du Führer se crispa et prit soudain une expression de férocité.
- Les Turcs, toujours les Turcs ! On croirait vraiment qu'ils sont une grande puissance, avec leur insolente neutralité ! Ils le paieront cher un jour. [...]"

chap. VI, L'entrevue de Berchtesgaden - 11 mai 1941"

 

1919 : un roman pour décrire la guerre d'indépendance



Tarık BUĞRA (1918-1994), "Le petit agha"

Pendant la terrible guerre d'indépendance... en 1919
Traduction de Murat Aykaç ERGINÖZ
Publications Ministère Turc Culture, 1994 [disponible en France ?]
!  Mosaïque  et  romans "impériaux" !

13 octobre 1928 : "Un chef d'état maître d'école"

 

Dans l'article "Un peuple à l'école", à l'intérieur du magazine la journaliste Noëlle Roger conclut ainsi :
"(les turcs) cesseront de faire figure dans la famille européenne, de "frères séparés" dont on renonce à se faire comprendre"

La route est longue depuis 1928 !
Dans son n° 4464 du 13 octobre 1928, l'Illustration titre ainsi sa couverture : "Un chef d'état, maître d'école" et commente ainsi la photo : "Mustapha Kemal président de la République turque, ayant décrété la suppression des caractères arabes donne sur une place publique de Sivas (Anatolie) une leçon d'écriture suivant l'alphabet latin, désormais seul officiel"
Daughters of Atatürk
( en anglais)

En turc

très documenté
(en anglais)

Atatürk Society of America
(en anglais)

Mustafa Kemal Atatürk 1881-1938

 

Espions allemands... ambassadeur britannique... diplomates allemands... qui manipule qui sur fond de neutralité turque dans l'affaire Cicero ?

1943 : neutralité turque... espions allemands... anglais...

Le récit de Moyzisch : la version, côté allemand qui récupère les films

"J"ai lu" en 1955 & 1963
! merci à www.bibliopoche.com !
F. Kersaudy fait un point complet en 2005 : un rappel des faits et de la chronologie en comparant les différentes versions. Selon lui, les dernières archives ouvertes récemment prouvent que, contrairement aux affirmations des Britanniques, toujours un peu génés de s'être faits avoir aussi facilement, Ciceron n'a jamais été agent double contrôlé par les Alliés : c'état un vrai espion... simple. Chapitre d'introduction très intéressant sur les visées des alliés en 1943 sur la Turquie
Perrin éditeur, 2005
! merci à boojum-mag.net
P. Nord avec "Le kawass d'Ankara" brode un scenario libre sur la trame originale

Fayard, 1967
! merci à www.bibliopoche.com !
! merci à www.histobiblio.com  !
! quelques infos dans un "topic" de forum !
La version d'Elyesa Bazna Bazna, côté espion qui prend les photos ; un certain nombre - pour les historiens - d'incohérences ou imprécisions

Robert Laffont, 1962
! évidemment, l'Affaire Cicéron...c'est aussi un film !

1940 : la France perd la guerre à cause de... la Turquie

25 juin 1940 : après la débacle absolue de la France, il faut d'urgence trouver des... têtes de turc ! Benois-Meschin raconte :
"D'accord avec le général Weygand, M. Baudoin envoie le télégramme suivant au général Noguès, ainsi qu'à tous les chefs civils et militaires de notre Empire : Après s'être engagée dans une guerre [...] dans de conditions d'infériorité profonde, sans autre allié que la Grande-Bretagne, [...] sans possibilité d'alliances orientales lorsque la Pologne eut été éliminée, que les pays balkaniques se furent figés dans la neutralité et que la Turquie elle-même eut esquivé l'exécution de ses engagements..." Ah oui ? Lesquels ! Donc la Turquie est l'une des responsables de la défaite mais aussi - tant qu'on y est ! - de l'abandon de la lutte puisque le transfert du gouvernement en Algérie n'aurait été justiciable du point de vue militaire qu'avec un fait nouveau comme "l'entrée en guerre des Etats-Unis" ou... "l'intervention armée des pays neutres balkaniques ou de la Turquie, qui ne s'est pas produite"...
Pitoyable argumentation pour justifier la débandade de l'honneur et la forfaiture de toute une bordée de dirigeants, finalement dans la lignée des "fantasmes balkaniques" du Conseil Suprême Interallié.

Jacques Benoist-Méchin, "60 jours qui ébranlèrent l'Occident"
Albin Michel, 1956 - p. 497

 

1941 : Vichy, Allemagne, Irak et... Turquie neutre !

! un commentaire sur ce livre sur  www.livresdeguerre.net !
mais aussi Syrie et Angleterre... ! mai 1941 : depuis la débacle de mai 1940, bien de la honte a coulé sous les ponts mais la géostratégie n'en a cure, elle a le temps "long" pour elle ! En avril 1941, quand Rachid Ali Al Kailani, Premier Ministre irakien souhaite profiter des ennuis sérieux que rencontrent les anglais afin de se libérer de leur tutelle, les Allemands ne verraient aucun inconvénient à lui donner un coup de main ! Après tout, 30 ans avant n'avaient-ils pas construit le Berlin-Bagdad ? Mais dans ce cas, par où passer ? "Il ne fallait pas compter sur l'U.R.S.S., avec qui les relations empiraient de jour en jour. La Turquie ne voulait à aucun prix sortir de sa neutralité. Il ne restait donc que la Syrie, et la Syrie c'était... la France !"

"De la défaite au désastre, T. I, chap. V, La révolte dans le désert"
Jacques Benoist-Méchin,
1944 - Albin Michel, 1984
A lire dans le tome I, le chapitre XIV :
"Ma mission au Levant. II. Ankara, 27 juin 4 juillet 1941"

 

1939 : la France et l'Angleterre et... la Turquie neutre !

Dès la première réunion, la Turquie et sa neutralité au milieu des débats
!  Mosaïque  et  romans "impériaux" !
Septembre 1939 : la guerre éclate entre l'Allemagne et les Alliés : France et Angleterre. Rapidement un Conseil Suprême Interallié se met en place : François BEDARIDA, dans "La stratégie secrète de la drôle de guerre" en analyse avec précision, chacune des 9 premières réunions entre le 12 septembre 1939 et le 27 avril 1940 (Le conseil se réunira encore 6 fois jusqu'au 13 juin 1940.)
Fondation Nationanle des Sciences Politiques & Editions du CNRS, 1979, 570 p.