MOSAÏQUE TURQUE EUROPEENNE AU XIXè

Au XIXè, le Turc de plus en plus perçu comme "l'Homme malade" de l'Europe - il en ferait donc partie ? - n'effraie plus beaucoup d'européens ! Il n'en demeure pas moins une incongruité géopolitique. Pour certains, il n'est que justice d'en partager les dépouilles ! et pour d'autres, il faut au contraire, en encourager l'européenne guérison...

Le Congrès de Vienne dresse un diagnostic pragmatique : La Turquie est un Etat de l'Europe, elle est donc impliquée dans l'équilibre européen à construire : "l'homme" est peut-être malade, il est aussi européen !

"Or, si l'on excepte la Turquie et la Suise, [...], tous les Etats de l'Europe, grands et petits, ont été engagés dans cette guerre.[...] La Porte ottomane n'a point été engagée dans la dernière guerre, mais elle est une puissance européenne dont la conservation importe au maintien de l'équilibre européen. Il est donc utile que son existence soit aussi garantie.."

Instructions pour les ambassadeurs du Roi au congrès,
Mémoires, Talleyrand, XVIII, Le Congrès de Vienne (1814)

en 1814 à Vienne, la Turquie est bien européenne...

A. de Lamartine raconte l'entrevue entre Napoléon et l'empereur Alexandre, après Friedland, à Tilsitt en 1807; tous les deux informés de la déposition de Selim III.

" Le partage possible, probable, de l'empire turc était le sujet continuel de l'entretien. Ainsi, d'après ce projet, la clef des mers et, dans l'imagination des hommes, la vraie capitale de l'Orient, Constantinople, tant promise aux descendants de Pierre le Grand par l'opinion universelle, opinion formée des espérances des Russes et des craintes de l'Europe, Constantinople restait, avec Sainte-Sophie, aux barbares de l'Asie. [...] Céder Constantinople, n'importe à qui, fût-ce à un ennemi déclaré de l'Angleterre, laisser faire ainsi à quelqu'un, lui vivant, la conquête la plus éblouissante qui se pût imaginer, ne devait pas convenir à Napoléon. [...] [Il déploya un carte de Turquie] et posant tout à coup le doigt sur Constantinople, s'écria plusieurs fois [...] : Constantinople ! Constantinople ! Jamais ! C'est l'empire du monde."

Histoire de la Turquie, tome VIII, livre 36, 1855

Napoléon et "l'Homme malade": Impérial ou Européen ?

Réalisme cynique : Talleyrand en 1798 trouve le traitement idéal pour permettre à l'Europe - ou surtout à Napoléon ? - de soigner "son homme malade"... !

" L'Empire ottoman ne durera pas plus de vingt-cinq ans et ses provinces d'Europe seront la proie des deux Maisons impériales. Cela est contraire sans doute à l'opinion de Montesquieu qui a dit quelque part : "L'empire ottoman sera de longue durée, parce qu'il ne sera jamais menacé par une puissance que les trois grandes nations commerçantes de l'Europe ne s'empressent de le défendre." Quoi qu'il en soit, si les pronostics des hommes qui connaissent le mieux l'Empire ottoman se vérifiaient, la République devrait prendre des mesures pour saisir parmi ses débris ceux qui pourraient lui convenir. Je mets sans hésiter au premier rang l'Egypte, l'île de Candie et celle de Lemnos. (…) Pourquoi nous sacrifierions-nous plus longtemps pour une puissance dont l'amitié est équivoque et qui touche à sa ruine ?

Rapport au Directoire sur l'Empire ottoman, 27-1-1798
...Talleyrand évoque aussi les ambitions de Bonaparte à travers l'expédition d'Egypte : sinon aller jusqu'en Inde fâcher l'Angleterre, au moins conquérir l'Empire ottoman !

"Cependant la fougue de son imagination et de sa loquacité naturelle l'emportant hors de toute prudence, il parlait quelquefois de revenir en Europe par Constantinople, ce qui n'était pas trop le chemin de l'Inde. Et il ne fallait pas une grande pénétration pour deviner que s'il arrivait à Constantinople en vainqueur, ce ne serait pas pour laisser subsister le trône de Selim, ni pour substituer à l'empire ottoman une république une et indivisible."

Mémoires, Talleyrand, IX, Le Directoire (1796-1799)

Hugo et ses grandioses envolées géostratégiques...

Voilà la Turquie, mais aussi l'Espagne et l'Angleterre exclues de l'Europe à la Hugo ! Finalement hors la France, lumière de la civilisation... point de salut ou si peu !

" Depuis cette fatale année 1453, la Turquie, comme nous l'avons dit plus haut, avait représenté en Europe la barbarie. En effet, tout ce qu'elle touchait perdait en peu d'années la forme de la civilisation. Avec les turcs, et en même temps qu'eux, l'incendie inextinguible et la peste perpétuelle s'étaient installés à Constantinople. Sur cette ville qu'avait dominée si long-temps la croix lumineuse de Constantin, il y avait toujours maintenant un tourbillon de flammes ou un drapeau noir." […] Aujourd'hui, par la force mystérieuse des choses, la Turquie est tombée, l'Espagne est tombée. […] Ainsi en moins de deux cents ans, les deux colosses qui épouvantaient nos pères se sont évanouis. L'Europe est-elle délivrée ? Non. […] A la Turquie a succédé la Russie ; à l'Espagne a succédé l'Angleterre. "

Le Rhin, Conclusion, 1845
la Mosaïque turque européenne s'entremêle avec la Mosaique ottomane
! vers mosaïque ottomane : 1695-1757 !
! vers la Mosaïque turque & européenne  du XXè !