le très barbare Attila, premier empereur d'Europe ?


Selon l'historiographie latine (le comte Marcellinus, chroniqueur du VIè siècle) , au paroxysme de son désir d'Europe qui l'entraîne de batailles en conquêtes, Attila se serait proclamé "Europae Orbator" ? Grâce à Wikipedia, il fut cependant remarquer qu'orbator en latin, est un titre moins glorieux puisqu'il désigne "celui qui prive quelqu'un de ses enfants" !
! merci pour la photo !

Mosaïque turque : mosaïque européenne évidemment ! Avec les habits successifs que "le Turc"endosse : Conquérant, Homme malade puis Candidat perpétuellement recalé, longue est l'histoire de ses complexes relations avec "l'Européen" qui, dès le début, ne cesse de varier dans ses attitudes : hostilité et rejet, croisade et commerce, curiosité et fascination, ouverture et intégration !

Mais commençons par le commencement : l'empire ottoman pris dès sa naissance, d'une inextinguible soif d'Europe, lance sa redoutable conquête militaire :
le Turc musulman devient le cauchemar de l'Européen chrétien...

MOSAÏQUE TURQUE EUROPEENNE AU XVIè

! blason : merci à hhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Projet%2C_Blasons  !
Rencontrez envoyés & ambassadeurs dépêchés à Constantinople par la France...
depuis François 1er !
! à la rencontre des envoyés & ambassadeurs de "La Porte" !
Rencontrez envoyés & ambassadeurs dépêchés à Paris par le Grand Seigneur...
depuis Soliman !

la France, précurseur européen des relations avec le Turc !

Fernand BRAUDEL
"La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II"
1949- Armand Colin, 1990 ( épuisé)

"La Méditerranée, à l'époque de Philippe II"

A chaque bout de la Méditerranée, deux souverains européens, frères ennemis, dont les affrontements sans pitié cachent- ou... révèlent - l'incroyable communauté de destin !
! Soliman le Magnifique ou le Législateur, comme disent les turcs !
! Philippe II"
Ouvrage magnifique qui, au-delà de la présentation de l'Espagne de Philippe II, successeur de Charles-Quint, transfigure l'Histoire événementielle pour montrer au XVIè siècle, dans tous les aspects de la vraie vie - le prix du blé, la construction des bateaux... - l'affrontement autour de la "mère" Méditerranée de ses enfants européens : Espagne, Italie - les Italies, France, Pays-Bas, Allemagne, Turquie
!  vers la Mosaïque Turque et  Européenne à partir du XVIIè !
! L'allégorie de Lépante par P. Véronèse - Gallerie dell'Accademia, à Venise !

7 octobre 1571, Lépante : le choc !

! avec l'excellent bibliomonde.com : une fiche sur le livre de H. Pigaillem !
Michel LESURE, "Lépante, la crise de l'empire ottoman"

Gallimard, 1973 , 288 p. (16 p. hors texte)
Henri PIGAILLEM, "La Bataille de Lépante (1571)"
Economica, "Campagnes et stratégies", 2003, 136 p.
Une mosaïque de la nef de la lyonnaise Notre-Dame de Fourvière composée par Charles Lameire (1832-1910)
Le bilan ? Pour un choc, c'en fut un : les historiens parlent de 7 500 morts côté chrétien, 30 000 côté turc, ce qui pour l'époque est une performance plus qu'honorable !
Cette déroute complète du Turc vient enfin rassurer l'Europe chrétienne - qui en avait bien besoin : "Il" n'est plus invincible. A part ça - certains diront que c'est déjà pas mal, il s'agit plutôt d'un coup d'épé dans l'eau... de la Méditerranée ! Les galères du Turc n'ont pas fini de brûler - Il va les reconstruire très vite ! que la Ligue vole en éclat : chacun retourne très égoïstement à ses occupations géostratégiques, à commencer par Philippe II d'Espagne. Certes la progression de l'Ottoman dans la partie occidentale de la Méditerranée est stoppée mais... juste au moment où l'Europe s'en désintéresse pour se tourner vers l'Atlantique; et dans la partie orientale, le Turc va être encore chez lui pour quelque temps !
! des extraits video de l'émission !
! une page sur Publius Historicus !
! un premier débroussaillage grâce à Wikipedia !
! l'excellente Arte parle de Lépante !
! un tableau de F. Bertelli du  "Museo Storico Navale" à Venise !
Lépante : pour beaucoup, c'est le symbole de la victoire de l'Europe chrétienne unie contre l'Empire barbare de l'infidèle ottoman. Ainsi, c'est une des fresques qui ornent Notre-Dame de Fourvière, fervente expression, après la rude défaite de 1870, d'un frénétique sentiment tout autant nationaliste que catholique : laissons Dieu faire le tri !

Aucun symbole n'est de trop pour taire les dissensions cruelles qui en coulisse rongèrent cette belle union. En fait, la flotte de la Sainte Ligue initiée par Pie V et qui rassemble les espagnols, des italiens - pour une fois Venise ose affronter l'Ottoman - et quelques autres, travaille essentiellement pour l'Espagne léguée par Charles-Quint. Elle est d'ailleurs rondement dirigée par son fils naturel, Don Juan d'Autriche ; côté turc, c'est Kılıç Ali Paşa, et quelques barbaresques comme Scirrocco et Euldj Ali. On cherche les bateaux français... après la signature de la Scandaleuse alliance, il faut ménager l'allié ottoman ! Quitte à continuer à s'attirer les foudres pontificales !

Le turban et la stambouline : je t'aime moi non plus...



dans son ouvrage, J.-F. Solnon analyse 5 siècles "d'affrontement et fascination réciproques" entre l'Ottoman et l'Européen et démontre ce paradoxe qu'une farouche opposition oblige en fait à entretenir d'étroites relations. Il apporte à sa démonstration une rigueur toute universitaire mais toujours illustrée par la présentation de nombreux destins individuels qui rendent son récit à la fois très éclairant et en même temps passionnant à lire. Un ouvrage indipensable pour tous les passionnés de l'Europe et de la Turquie

Le turban et la stambouline : L'Empire ottoman et l'Europe, XVI-XXe siècle

Perrin, 209, 626 p.

la scandaleuse alliance choque la très chrétienne Europe



Mais comme un siècle plutôt le Byzantin orthodoxe choisit le Musulman contre le Catholique, dans l'Europe déchirée par les Guerres de religion, le Catholique préfère encore le Turc au Protestant ! Comme le dit Brantome dans sa "Vie des grands capitaines français", pour beaucoup, il n'y a pas "grand différance du Turc à l'hérétique (...)" et ainsi "M. de Saincte-Foy [Arnaud Sorbin de Sainte-Foi] (...) en pleine salle basse du Louvre prescha, amprès la paix de Chartres, devant le roy, la reyne et toute la court (...) : qu'il aymeroit cent fois plustost estre Turc qu'hérétique ou huguenot".
Cette alliance - réaliste et pragmatique - s'inscrit bien dans la lutte fratricide européenne qui se joue entre François 1er et l'Empereur, car comme le rapporte Brantome : "il avoit esté très-nécesssaire à nos roys de s'ayder des forces du Turc, sans lesquelles leurs affaires fussent allées très mal, et l'empereur les eust fort descousues, et que contre les loups il se faut ayder des chiens... "
! la scandaleuse alliance, les premiers ambassadeurs français près la Porte !
1537 : François 1er, le Très Chrétien, fils aîné de l'église catholique établit des relations diplomatiques avec le Grand Seigneur, hérétique parmi les hérétiques : le scandale est grand !
! pour acheter le livre!  "
Géraud Poumarède : "Pour en finir avec la Croisade"
PUF., Le noeud gordien, 2004, 686 pages

"Pour en finir avec la Croisade" : vaste programme !

! le site d'un universitaire spécialiste de la Méditerranée donc de l'Empire ottoman avec plein d'articles à découvrir !
! pour écouter une conférence sur ce livre !
! lire un article de la revue Historia"
Autour des relations au XVIè et XVIIè siècle entre l'Europe qui se voudrait très chrétienne et l'Empire du Turc, une radiographie rigoureuse du sentiment européen anti-turc, de sa continuité avec le très complexe phénomène des Croisades, mais aussi de son caractère fortement idéologique et religieux, de plus en plus en décalage avec des comportements géopolitiques, économiques et culturels beaucoup plus pragmatiques, plus raisonnablement apaisés peut-être aussi !

1459 : Pie II lance sa croisade contre le Turc...



Pendant tout son court pontificat (1458-1464), Pie II a porté l'obsession qui va tarauder le Saint-Siège pendant des décennies : reprendre Constantinople et marcher contre le Turc ! Mais dès son assemblée de Mantoue en 1459 - 6 ans après la chute de Constantinople, ne serait-ce pas un peu tard ? - les princes européens, fils tès dévoués du Saint-Père... jouent en fait les cartes qu'ils ne cesseront de jouer d'abord et avant tout : leurs propres préoccupations géopolitiques. Ainsi, les Français, après avoir rechigné à faire acte d'obédience envers le Pape - la Pragmatique Sanction de Charles VII n'a que 26 ans !, se résignent mais sans pour autant digérer la décision pontificale de donner la Sicile, non pas à René d'Anjou, mais à Ferdinand, fils bâtard d'Alphonse d'Aragon, tout à fait indigne de régner ! Comme Pie II ne lâche rien, ils trouvent une autre réserve pour botter en touche : "interrogés sur l'importance des secours qu'ils comptaient apporter contre les Turcs, [ils] répondirent qu'il était inutile de songer aux Turcs, si l'on ne résolvait pas au préalable le conflit opposant les Anglais et les Français" - la guerre de Cent Ans n'en finit pas de finir... Et Pie II, parlant de lui-même, continue amèrement : "Comme il ne pouvait tirer aucune secours du côté des Anglais pour la défense de la foi, et que les français ne voulaient pas venir en aide à la religion, il se tourna alors du côté des représentants de la Germanie [...]. Ceux-ci parvinrent à se mettre tous d'accord et ils promirent [...] 32 000 hommes de pied et 10 000 cavaliers."
Est-ce parce qu'il se méfiait de ces belles
promessses, qu'il aurait décidé un peu après, d'écrire directement à.... Fatih Sultan Mehmet ?
Toujours est-il qu'e
n 1464, à Ancone, à bout de force, il attend toujours que les Princes européens les tiennent, leurs promesses ! Seuls les Vénitiens, pour une fois ! et le Duc de Bourgogne, sont là. Sa croisade contre le Turc ne verra donc pas le jour. Le 15 août 1464, il meurt, bien seul. Et dès le 18 août, le Doge Cristoforo Moro, rentre dare-dare à Venise désarmer sa flotte et retourner aux choses sérieuses : le florissant commerce en Méditerranée avec... le Turc !

Mémoires d'un pape de la Renaissance, les commentarii de Pie II
Taillandier - Relire l'Histoire, 2001, 533 p.
! merci à Wesleyan University pour la photo !
1464 Pie II à Ancone
Pinturicchio - Sienne
... mais qui sont les deux "enturbannés" sur la à droite ?
! à lire : "les Commentarii" de Pie II, des memoires passionnantes !
! grâce au Ceeol : un article sur Pie II, les Balkans, l'Europe...
! le site de Wesleyan University !
Emmanuel BERL (1892 - 1976) , "Europe et Asie" (préface)
Gallimard - Idées, 1969

mais au fait... l'Europe est née en... Turquie !


En 1946, des analyses incisives - ô combien toujours actuelles ! qui ne se satisfont pas des lieux communs à la simplicité illusoire si reposante... mais redécouvrent que l'Europe fut dès son origine beaucoup plus une volonté tournée vers l'avenir qu'une nostalgie culturelle enfermée dans son passé : "[les européens] vont jusqu'à se réclamer de le jeune fille trouvée, enlevée par Jupiter sur une plage d'Asie Mineure, et ne se rappellent pas que pour les Grecs "Europe" désignait un monde étranger à la Grèce. Ils parlent comme si elle était une chose donnée dans l'espace et dans le temps. Mais elle n'est pas une chose - comme l'est effectivement l'Egypte. Elle ne signifie rien d'autre que la série de ses projets successifs."

Venise et La Porte : je t'aime moi non plus !



"Venise et La Porte ottomane, 1453-1566", Marie F. VIALLON
Pendant la lutte contre les Infidèles, les affaires continuent ! Quand les tragédies guerrières côtoient les négociations les plus pragmatiques !

Ed. Economica, 1995
"Venise et l'Orient" : une magnifique exposition ( février 2007) pour expliquer la communauté des destins et l'interpénétration des cultures...
! un article à lire on line !
Jean-Luc PIERRE, "La renaissance vénitienne et l'Orient méditerranéen, XIVème-XVIème siècles"
Un dossier sur "l'Orient et Venise", par Quantara : le magazine des cultures arabes et méditerranéennes...