Avec l'hypothèse qui se précise d'une Italie qui sortirait du bois, la Turquie revient au centre des cogitations de plus en plus angoissées des Alliés. Dans un des derniers éclairs de cette lucidité qui n'a cessé de se voiler son impuissance, ils constatent qu'il "n'est pas douteux que si nous restions passifs en présence d'une agression italienne contre la Yougoslavie, le prestige des Alliés dans les Balkans subirait un coup fatal.../... . L'effet sur la Turquie ne serait pas moins profond. .../... Une opération possible de la part des Alliés serait un débarquement de troupes à Salonique" (Reynaud 22-23 avril 1940) !

Chamberlain renverse même les rôles en affirmant que "la Turquie est tenue de venir à l'assistance des Alliés si ceux-ci se trouvent en guerre avec l'Italie à la suite d'un acte d'agression commis par cette dernière en Adriatique. Mais si les Alliés ne déclarent pas la guerre à l'Italie, il ne faudrait pas que la Turquie pût se déclaréer dégagée de toute obligation."

Sur un ton moins revendicatif, dans ses résolutions de la 9ème séance du 27 avril, le Cconseil suprême demande que " des sondage seraient effectués auprès du gouvernement turc afin de s'assurer des vues de celui-ci en ce qui concerne l'action qu'il y aurait lieu d'entreprendre dans le cas d'un acte d'agression italienne contre la Yougoslavie."

Jusqu'au bout, les Alliés cherchent dans d'improbables plans sur la comète balkanique et turque, un échappatoire à leur immobilisme impuissant.

Dans 10 jours, l'Histoire va les rattrapper, cruellement.

... Salonique revient sur la table ! avril 1940

Après l'inaction de l'hiver et l'arrivée du printemps, les français ont une nouvelle montée de fièvre guerrière et redeviennent très va-t-en-guerre lors de la 6ème séance du 28 mars 1940 : pourquoi ne pas attaquer les Russes et leurs sources pétrolifères ? Envoyer la flotte dans les Détroits et passer par la mer Noire ? Même P. Reynaud reconnaît que "les Alliés ont besoin, aux termes de la convention de Montreux d'obtenir l'agrément du gouvernement turc pour faire passer une flotte dans la mer Noire à travers les Détroits et il doute que le gouvernement turc donne actuellement sont consentement à une telle opération."
Qu'à cela ne tienne, on enverra les avions en survolant la Turquie ! Selon Massigli, l'ambassadeur français à Ankara, les Turcs pourraient fermer les yeux ! Reynaud essaye d'échanger l'accord français pour des opérations en Norvège contre celui des Britanniques pour le Caucase.
Les Anglais ne lachent rien ! Selon eux, "la Turquie n'est pas actuellement préparée pour un conflit avec une puissance fortement armée et organisée. Elle tient à éviter de se trouver engagée dans une guerre avec l'Allemagne ou la Russie" (Chamberlain 28 mars). Donc tout ce qu'obtiennent les français dans les résolutions de la séance du 28 mars, est que le "projet d'attaque contre les puits de pétrole du Caucase" soit... mis à l'étude : une de plus !
Quand les français reviennent à la charge, Chamberlain précise que, "l'aviation anglaise ne dispose passez de Blenheim - à long rayon d'action - pour en envoyer quarante-huit dans le Levant." ( 22-23 avril 1940)
Une fois de plus, les Alliés sont enfermés dans une contradiction infernale : comment , quand on n'a pas assez de bombardiers à long rayon d'action, bombarder le pétrole du Caucase sans survoler la Turquie qui ne donnera pas son accord, sauf peut-être si elle se retrouvait en situation d'hostilité contre l'URSS ; ce qu'elle pourrait être prête à envisager dans la mesure où les Alliés lui apportaient toute l'aide militaire nécessaire, ce dont ils sont bien incapables !

...ou bien... bombardons le Pétrole caucasien ! mars 1940

Les Britanniques le voient beaucoup plus clairement : à tout prix rester neutre ; alors que les Français semble ne vouloir ne retenir que le souhait turc que leur neutralité puisse rester bienveillante envers les Alliés. Mais en tout cas, pas au point de se mettre à dos, lesAllemands, les Italiens et encore moins les Soviétiques. Dès septembre 1939, le voyage à Moscou du ministre "Saradjoglou", le confirme. A propos de la réunion du 28 mars 1940, Bedarida cite un rapport de Guariglia, l'ambassadeur d'Italie à Paris révélant comment la Turquie oppose toujours une forte résistance à l'idée d'une rupture avec l'URSS et d'une offensive vers le Caucase ; d'autant qu'elle redoute alors des complications du côté des pétroles roumains, avec le danger d'une conflagration générale dans les Balkans.

En plus cette neutralité leur permet de faire un peu de commerce ! Dans la 6ème séance du Conseil du 28 mars, Daladier soulève le problème de la contrebande en Extrême-Orient et note "qu'une première source de ravitaillement allemand est constituée par la Turquie et l'Iran." Comme il faudrait le consentement turc pour contrôler cela par la mer Noire, "des pourparlers avec le gouvernement turc vont être engagés, et il n'y a rien de plus à faire pour le moment à cet égard."

et les Turcs dans tout ça, que veulent-ils ?

Dès le 17 novembre (3ème séance) les français, toujours enfermés dans leur contradiction infernale entre une stratégie qui se veut lucide et même morale et un aveuglement total quant aux moyens disponibles, ne démordent pas de leur bellicosité et reviennent à la charge : "Il ne s'agit pas, en particulier, de reprendre le projet d'une installation à Salonique, qui avait été, à un moment donné, envisagé. Mais ne pourrait-on pas constituer dès maintenant certains dépôts de matériel en Turquie d'Asie ou même en Thrace ? Ne pourrait-on pas établir des bases aériennes, navales ou même terrestres en Turquie, en Thrace, ou peut-être plus loin dans le Levant ou en Palestine ?". ( Daladier 17 novembre)
En l'absence d'opportunités sur le front Occidental - où les Alliés se laissent aller au réalisme le plus noir pour justifier leur immobilisme, Drôle de Guerre oblige - soyons audacieux sur le front Balkano-Oriental ! Bedarida nous rappelle que "du côté français on continue de caresser, au Quai d'Orsay bien davantage encore qu'au CQG, des plans d'intervention, en comptant - au gré des calculs - sur 90, 100 ou même 110 divisions balkaniques" .
A partir du moment où on a cessé de se poser la question de l'action, la réflexion ne connaît plus de bornes.
Mais tout cela ne serait pas si irréaliste car :" On constate chez les Etats balkaniques une certaine tendance à comprendre ce qu'ils n'avaient pas compris jusqu'ici, c'est-à-dire qu'ls sont tous menacés d'un même danger résultant de la collusion de l'Allemagne et de la Russie" déclare Daladier (19 décembre) - la méthode Coué élevée au rang de doctrine diplomatique ! Et puis continuet-il : "Nous sommes engagés par une question d'honneur, par la parole que nous avons donnés, à les assister (les pays balkaniques). .../... Pour montrer la continuité de notre politique, il faudrait que, dans les semaines qui viennent, nous donnions des preuves concrètes de notre volonté d'assistance à la Turquie." La Pologne peut témoigner de la fiabilité de telles déclarations !

De son côté, la ligne anglaise reste la même : "les Alliés manquent eux-mêmes de matériel, et il serait plus indiqué d'utiliser celui qu'ils ont pour leurs propres armées, plutôt que d'en laisser une partie inemployée en Orient."Chamberlain (17 novembre) Evidemment, continue-t-il..."si nous pouvons être assurés que la Turquie serait prête à participer à une action militaire de résistance contre une attaque étrangère dans les Balkans, ce fait constituerait à lui seul un puissant encouragement..." : ce qui est une manière cynique de botter en touche, puisqu'il est déjà persuadé que la Turquie n'en a ni les moyens ni surtout la volonté !
Le tranquille mais cruel pragmatisme britannique remet donc à l'heure les pendules de l'activisme française : "Sans doute, nous avons pris des engagements et il ne peut être question de ne pas les respecter. Mais il ne faut pas les rendre plus embarassants qu'ils ne sont." Chamberlain (19 décembre 1939).
Et puis aller dans les Balkans, c'est traverser la Méditerranée et traverser la Méditerranée, c'est risquer de réveiller l'Italie et ça les Anglais ne le veulent pas, car la Méditerranée, plus que les Balkans, c'est aussi le Moyen et Extrême-Orient, c'est donc l'Empire de sa très gracieuse Majesté !

... au moins installons des bases dans les Balkans !

Les cogitations et vélléités balkaniques des Alliés passent donc par la carte maîtresse de la Turquie qu'il faut donc essayer de séduire et mettre dans son jeu.
Mais les Alliés ne sont pas les seuls à courtiser la Turquie. L'atttitude de l'URSS, reste - c'est le moins qu'on puisse dire "ambiguë ! Et ils sont un peu perturbés lorsque le 15 septembre les Soviétiques invite officiellement le ministre turc des Affaires Etrangères, "Saradjoglou", à venir discuter à Moscou ; ce qu'il fait du 21 septembre au 17 octobre. Dans ses résolutions, le Conseil du 22 septembre, note qu'il y aura donc lieu que dès le retour du ministre turc à Ankara, les ambassadeurs de France et de Grande-Bretagne aillent au plus vite à la pêche aux informations !

...mais... il y a aussi l'URSS !

Les Alliés n'ont pas les moyens de leurs élucubrations orientales - les Français - même s'il ne le disent pas explicitement - le reconnaissent bien. Mais ils s'accrochent à cette obsession de "faire quelque chose" dans les Balkans !
Alors on se raccroche à des indications parvenues au gouvernement britannique : "il semble que la Turquie envisagerait la constitution d'un front balkanique de neutralité dans lequel elle serait le principal partenaire (...) et si l'appui de la Russie à ce front balkanique pouvait être obtenu, la chose aurait une valeur considérable" (Chamberlain 22 septembre ).

Il y a bien une lucidité stratégique dans cette obsession balkanique et orientale : le choix de l'immobilisme en 1939 s'explique par la supériorité écrasante des Allemands interdisant aux Alliés toute stratégie offensive qui exposerait leur faiblesse criante à tous les risques. Mais derrière cette stratégie puissamment défensive, ils se persuadent que le temps travaille pour eux en leur donnant les moyens de recouvrer leurs forces tandis que les Allemands, eux, ne peuvent plus que progressivement s'épuiser ! Mais attention ! La pusillanimité de cette stratégie d'attente ne peut se justifier que si elle permet immédiatement l'encerclement complet de l'Allemagne, condition absolument nécessaire pour ne pas aboutir au résultat contraire : laisser à l'Allemagne le temps et l'opportunité de renouveler ses forces !

Cependant, l'association des termes "front" - axe central du discours de préparation de l'action militaire - et "neutralité" montrent bien que les Alliés se jouent de mots : enfermet-ton un adversaire puissamment décidé et agressif dans un blocus hermétique avec une fédération de pays neutres dont en plus, certains sont très fragiles et très indécis ? Il faut - Daladier le dit lui-même - "que ces pays balkaniques sachent que nous sommes décidés à les aider à maintenir leur indépendance." (réunion du 22 septembre ). Or les Allié, quand bien même en auraient-ils la volonté, n'en ont absolument pas les moyens !

Enfin, comme le remarque Chamberlain - jamais faché de mettre en exergue les contradictions des agitations françaises, il va de soi que ce projet de "front de neutralité" est absolument antinomique de celui de l'action militaire à Salonique ou Constantinople car "la présence d'une force alliée sur le territoire de l'un quelconque des pays constituant cette fédération neutre constituerait une rupture de leur neutralité". (réunion du 22 septembre)

...alors ... constituons un front... de neutralité avec la Turquie !

Conseil du 12 septembre 1939, M. Chamberlain :
En ce qui concerne la situation de l'Italie vis à vis de la Turquie, la Grande-Bretagne a évité dans le traité tout point de friction avec l'Italie" -
- "Monsieur Daladier estime que nous avons néanmoins grand intérêt à avoir la Turquie avec nous"
- "Chamberlain est d'accord mais à condition de ne pas avoir l'Italie contre" : on sent des craintes par rapport aux Balkans avec une Bulgarie "plutôt orientée ves l'Italie et l'Allemagne", mais "où l'opinion serait assez divisée", comme avec la Yougoslavie où "l'accord serbo-croate constitue une grosse amélioration en notre faveur", mais où "il y a là aussi deux courants"
. (Bedarida p. 98)

...mais attention... il ne faut pas réveiller l'Italie !

Certes, en 1939, les incertitudes politiques et militaires qui pèsent sur les"Balkans" génèrent à juste titre des grandes inquiétudes stratégiques. Faut-il donc voir clairvoyance et détermination stratégique, dans l'insistance avec laquelle les français jettent sur la table de la première réunion du Conseil suprème, le problème du "front oriental", comme terrain pour rechercher une décision sur d'autres théâtres, par exemple en constituant "une masse capable de déclencher une action à Salonique" ? En fait, plus que véritable recherche d'une voie d'action, on le sentiment de la mise en scène d'une cogitation irréaliste de gradés qui se donnent l'illusion d'échapper à leur propre immobilisme acharné et tentent aussi de rassurer l'opinion publique.

De toutes les façons, Les Anglais qui n'ont pas la mémoire courte et se souviennent du désastre de Gallipoli - n'ont pas de mal à montrer, l'irréalisme de ce projet quand sa mise en oeuvre est abordée. Leur inquiétude est grande, signale René Massigli, l'ambassadeur français à Ankara, lorsqu'après avoir rejoint son poste de commandant en chef des troupes d'opérations du Levant à Beyrouth, Weygand - certainement l'un des plus atteints par ces démangeaisons orientales - a des entretiens avec le Président Inönü qui durent du 9 au 13 septembre 1939. C'est pourquoi dans les résolutions du 22 septembre (2ème séance), "l'envoi d'une force alliée à Constantinople ou Salonique" est certes noté mais uniquement sous forme d'hypothèse tout à fait théorique sans aucun début d'engagement précis.

... retournons aux Dardanelles ! septembre 1939

En septembre 1939, après les deux bouleversements qui surgissent : le pacte germano-soviétique et la non belligérance italienne, la stratégie initiales des alliés en 3 volets :
- à l'Ouest attaquer le maillon faible de l'Axe, l'Italie, d'abord en Lybie, en Méditerranée et sur son propre sol,
- à l'Est s'appuyer sur la résistance polonaise,
- sur le fond franco-germanique, bien s'installer et attendre derrière la ligne Maginot,

est modifiée, mais toujours dans le sens de l'engagement minimum :
- surtout ne rien entreprendre qui puisse faire sortir l'Italie de sa neutralité si bienvenue qui permet de conserver liberté de circulation en Méditerranée si importante pour les empires coloniaux
- prendre acte de l'effondrement polonais pour constater lucidement qu'on ne peut rien faire d'efficace pour tenir les promesses de secours, comme Gamelin qui écrit le 7 septembre : "Nous ne pouvons pas apporter à La Pologne une aide directe rapide : nous devons d'ailleurs ménager nos moyens en vue d'une guerre longue"
- continuer à ne rien tenter qui risquerait d'entraîner des représailles allemandes sur le théâtre occidental, car "nous avons besoin de réaliser notre concentration dans la tranquillité". On se limitera donc à la "drôle d'offensive de la Sarre. En fait, toujours cette stratégie obsessionnelle de prudence : ne rien faire tant qu'on n'est pas prêt... à ne rien faire, derrière la ligne Maginot !

Difficile cependant, pour soi-même, mais aussi face à tous les autres pays, d'afficher une telle inaction, quand on passe pour la plus puissante armée du monde !

l'inaction élevée au rang de principe stratégique !

une Turquie très courtisée par les Alliés...

Depuis déjà plusieurs mois, les Alliés courtisent la Turquie dont l'importance se confirme au fur et à mesure qu'ils entrevoient bien que le conflit qui s'annonce ne concernera pas seulement l'Europe occidentale avec l'affrontement bien connu de l'Allemagne contre le couple Franco-anglais mais qu'il impliquera tout autant l'Europe orientale et fera donc aussi rentrer dans la danse : l'Italie, les Balkans, l'URSS.

Ainsi la Grande-Bretagne a développé une politique de rapprochement avec la Turquie : signature d'une déclaration en mai 1939 prévoyant aide et assistance en cas d'agression en Méditerranée et des consultations sur la sécurité des Balkans ; même déclaration avec la France en juin et finalement signature d'un traité franco-anglo-turc le 28 septembre.
 
La Turquie au centre des cogitations énervées mais impuissantes des Alliés ! Réelle vision élargie et prospective d'un conflit qui va engager toute l'Europe ? Ou bien, excitations stratégiques de salon qui permettent aux Alliés tétanisés par leur choix de l'attentisme et le pressentiment de leurs grandes faiblesses, de se donner l'illusion de l'action ? Cette attention portée à la jeune république turque, doit être replacée dans la perspective des choix stratégique militaires des Alliés.
! merci à la revue Balkanologie !
C. Prévélakis : "la politique balkanique de la France et son échec (1938-40)"

Un éclairage intéressant qui montre les évolutions - les incohérences ? - de la politique française d'alliance balkanique avec la Turquie : conçue au départ pour lutter contre les visées italiennes et allemandes via les Bulgares, elle se tourne désormais contre le couple germano-soviétique.. Paris carresse même le rêve d'y faire entrer l'Italie ! Un tel retournement, ne peut qu'encourager la Turquie dans sa politique de neutralité, car si l'orientation stratégico-diplomatique française change, son incapacité à fournir les équipements militaires modernes, elle, reste identique !
Balkanologie Vol. VII, n° 1 - juin 2003

septembre 1939 : La Turquie, une puissance-clef dans l'Europe qui se pépare à la guerre

! retournez vers la mosaïque kémaliste !
Nommé en octobre 1938, par un ministre - G. Bonnet - munichois et pusillanime, Massigli est un acteur volontaire - mais il n'a que les moyens que lui distille une diplomatie lâchement grandiloquente - et un observateur lucide. Il vient de prendre son poste quand, le 10 novembre, meurt le Grand Atatürk, qu'il ne rencontrera donc jamais...
"La Turquie devant la guerre, mission à Ankara - 1939-1940
Plon, 1964, 509 p.

1939, un observateur privilégié : l'ambassadeur René Massigli

"La stratégie secrète de la drole de guerre : le Conseil Suprème Interallié septembre 1939 - avril 1940"
François BEDARIDA (1926- 2001) -
Presse Fondation Nationale Sciences Politiques, 1979, 573 p.
Dans le 9 réunions entre septembre 1939 et avril 1940, le Conseil Suprême Interallié s'intéressera à la Turquie le :
- 12 septembre 1939 (1ère réunion)
- 22 septembre 1939 (2ème réunion)
- 17 novembre 1939 (3ème réunion)
- 19 décembre 1939 (4ème réunion)
- 28 mars 1940 (6ème réunion)
- 22-23 avril 1940 (8ème réunion)
- 27 avril 1940 (9ème réunion)
toutes les réunions, sauf lorsque l'Europe du Nord impose son urgence : la Finlande, le 5 février 1940 (5ème) et la Norvège, le 9 avril (7ème) !
en 1940, se profile déjà l'Ankara, nid d'espions de l'Affaire Cicero ! A lire dans le chapitre 1 de "l'affaire Cicéron" de F. Kersaudy : l'attention portée par les Alliés à la Turquie, leur souhait de la voir entrer en guerre contre l'Allemagne - une obsession pour Churchill - visiblement les Dardanelles ne lui ont pas suffi, et le soin que la Turquie prend à ménager la chèvre "nazi" et le chou "soviétique" : ce n'est que le 2 août 1944 qu'elle rompt les relations diplomatiques pour lui déclarer la guerre en... février 1945 !

1943 : l'affaire Cicero...

le général Weygand viendra quatre fois à Ankara : en avril 1939, au retour du mariage de Mohammad Reza Pahlavi avec la princesse Fawzia d'Égypte, la sœur du roi Farouk , puis en septembre 1939 dès sa nomination à Beyrouth, puis en octobre pour la signature du traité d'Ankara et enfin du 26 au 31 janvier 1940, avant de revoir pour une dernière fois les responsables turc à la conférence du Caire en février de la même année.
A Ankara, il travaille avec Massigli dont il vante l'efficacité, le sérieux et l'énergie. Côté turc, il rencontre İnönü, Saracoğlu, Çakmak - qu'il revoit au Caire le 21 mai 1940 juste avant de rentrer en France !
Weygand s'était investi, lui-même !, d'une grande mission qui visait à réveiller l'Entente Balkanique - Grèce, Turquie, Roumanie, Yougoslavie, afin de pouvoir ouvrir ce fameux second front dont il est un ardent défenseur ! Lucidement, il se rend compte que ses efforts resteront sans suite face aussi bien à la pusillanimité des Alliés qu'à la prudence des états balkaniques pour qui l'expérience polonaise fait l'effet d'une douche froide : si les Alliés n'ont pas bougé pour Vasrsovie, qu'espérer quand on est Belgrade ou Athènes ! Cependant au milieu de cette incertitude balkanique, les Turcs, tout en étant lucidement décidés à rester dans les limites de leur neutralité, particulièrement face à leur voisin russe tout puissant, font preuve d'une grande détermination, d'une volonté de se préparer activement à tous les scenarios. Mais Weygand a beau vanter "leur grande loyauté", face à Çakmak qui lui réclame instamment le matériel militaire promis, il ne peut qu'apporter un misérable saupoudrage : la France elle-même manque de tout. Et pendant ce temps, note-t-il, "l'Allemagne ne cessait de renforcer le potentiel aérien de la Bulgarie en y préparant des terrains et en y entrposant du matériel..."

C'est une bien belle envolée géo-stratégique qu'il envoie à Gamelin à la fin de 1939 : " [il faut] une action politique et diplomatique affermissant la volonté de résistance des nations balkaniques [...] Et comme cette action politique ne pouvait avoir de résultat que si elle s'appuyait sur des forces, il était nécessaire malgré les difficultés, d'augmenter la puissance des armées balkaniques et de leur donner ainsi le preuve tangible de notre volonté de les mettre en situation d'être, sur leur territoire national, les avant-gardes des forces libératrices de la France et de la Grande-Bretagne". A aucun moment, elle n'a correspondu de près ou de loin à la politique balkanique effective des alliés.

Général Maxime Weygand, "Mémoires, t. II - Rappelé au service", Flammarion 1956

Weygand à Ankara

! merci à "Universitatea din Bucuresti" pour ce passionnant article !
J. Thobie : "La politique balkanique de la Turquie kémaliste"
Relations Internationales, n°103, automne 2000

Remettre en perspective "ce que veulent les Turcs" dans les années 30 par rapport à cette poudrière des Balkans...