des livres à lire...

Passionnant et bouillonnant destin que celui d'Hannah, la Sultane de Paris, seule héritière du Caïd de Tunis, le Duc Nessim Scemama, qui croise et recroise celui des Camondo, pour tragiquement le rejoindre, quand elle rencontre une dernière fois Béatrice de Camondo et ses deux enfants, Fanny et Bertrand Reinach, au moment de partir pour Auschwitz, qu'elle n'atteindra jamais.

Nine Moati, Hannah et les derniers Ottomans
Ramsay, 2006

Les Kamondo - Camondo : une grande dynastie juive, ottomane et istanbouliote

les Camondo : Espagne... Turquie... Italie...

En 1782, on trouve un Haïm Camondo - très certainement des Séfarades espagnoles qui avaient touvé asile à Constantinople au XVIè grâce à Beyazit II - important financier de Constantinople : en froid avec les autorités ottomanes, il part en catastrophe se réfugier à Trieste - l'Italie restera toujours un lieu important pour les Camondo. Rapidement, un de ses fils revient à Constantinople.
Nora Şeni note dans son livre - à qui cette page doit beaucoup - que les informations manquent pour établir une continuité directe entre ces Camondo-ci et la lignée des Kamondo ottomans - "les Rotschild de l'Orient..."- qui démarre avec Salomon-Jacob, le père d'Abraham-Salomon (1781-1873)
La concurrence féroce dans la communauté bancaire des années 1860-1870 :
En effet, il y a plusieurs banques qui veulent se régaler du "fromage" ottoman
- Celle que les Kamondo appellent eux-mêmes souvent "la Banque" : "la Banque Ottomane", jusqu'ici toute puissante auprès de la Sublime Porte mais fragilisée par la faillite du Crédit Immobilier des frères Péreire en 1867, impliqués dans la "Banque".
- "la Société Générale de l'Empire Ottoman" qui associent la Banque Ottomane, les Camondo, les Ralli, les Zafiri et les Zografos mais où les tensions sont très vives.
- "Le Crédit Général Ottoman" : "la concurrente", créé par Théodore Tubini mais où les associé grecs de "la Générale de l'Empire ottoman" sont aussi partie prenante : colère des Camondo qui envisage alors de quitter cette dernière.
-" la Société Générale" de France de plus en plus présente via le Crédit Général Ottoman.
Finalement, un motus vivendi est trouvé qui permet aux Kamondo de conserver leur place peine et entière mais "malgré ce dénouement satisfaisant, rien ne sera plus comme avant au sein de la société Générale de l'Empire Ottoman. Après cette âpre confrontation, Abraham prendra ses distances avec ses associés grecs. Les deux fères se laisseront absorber par le projet d'extension de leur emprise hors des frontières ottomanes. Insensiblement, enjeux et intrigues qui ont Galata pour centre de gravité s'éloigneront, s'affadiront." (p. 76)
Dans le contexte des épuisantes négociations autour de l'emprunt de l'été 1869 - quelle que soit l'aide inespérée d'Eugénie en partance pour l'inauguration du canal de Suez, c'est le Comptoir d'Escompte de Paris qui l'emporte en rétrocèdant néanmoins une partie de son contrat à la Générale de l'Empire, le désenchantement amène donc les Kamondo à faire le grand saut pour Paris. Une page est tournée !
Après le chapitre parisien, le livre des Kamondo se fermera définitivement et tragiquement 75 ans plus tard dans les camps nazis d'extermination.

14 avril 1873 : les obsèques d'Abraham-Salomon (1781-1873)

Parti rejoindre ses fils à Paris, Abraham-Salomon rentre pour toujours à Constantinople qu'il avait choisi comme dernière demeure !

"On peut dire que Constantinople revêtit ce jour-là un manteau de deuil. Les cloches de toutes les églises de la capitale sonnaient le glas funèbre. La Bourse, tous les établissements financiers, tous les magasins de Galata, de Stamboul et les faubourgs de la Corne d'Or, tout était fermé. Décrire la foule qui suivit le corbillard serait chose impossible. Deux bataillons, un de fantassins, un autre de soldats de la marine, des musiques impériales, les corps diplomatiques et consulaires de Constantinople, tout le personnel des établissements financiers, des députations de tout le clergé chrétien, orthodoxe et catholique, les choeurs des églises, les élèves des écoles, la plupart des ministres ottomans, les fonctionnaires musulmans de toutes les administrations du gouvernement, tous les israélites de la capitale, toute la ville enfin assista à ces funérailles. Depuis l'arrivée des juifs en Turquie, durant ces six siècles de séjour sur la terre ottomane, jamais pareils hnonneurs ne furent rendus à un israélite. Cet événement fera sans doute l'admiration des générations futures, si jamais il parvient à leur connaissance."
M. Franco, "Essai sur l'histoire des israélites de l'Empire ottoman" - cité par N. Şeni

Que reste-t-il de c
ette impressionnante cérémonie, dernière lumière du tolérant mais fragile équilibre de la société ottomane ? Un mausolée qui surplombe le flot ininterrompu des voitures du Çevre (périphérique), ouvert à tous les vents, couvert des grafittis des amoureux du quartier...
......

1869 : pourquoi le grand départ à Paris ?

Après des séjours plus ou moins prolongés à Paris, en 1869, c'est le grand saut : les deux frères, Abraham et Nissim s'installent définitivement à Paris - "grand-papa" Abraham-Salomon les suivra rapidement, même s'il demandera à être enterré à Istanbul ! Ils choisissent le Parc Monceau, dans le Paris grand-bourgeois et aristocratique à qui finalement la chute du Second Empire, ne porte pas de coup fatal ; bien au contraire les affaires explosent avec la jeune IIIè république qui se préoccupe d'abord d'être industrieuse et bourgeoise avant d'être populaire !
Mais pourquoi ce départ qui est un pari non sans risques et certainement un déchirement ? Le livre de Nora Şeni à nouveau nous donnes les pistes essentielles !

Un profond divorce avec la communauté juive de Constantinople
"Abraham-Béhor est un homme de Lumières. L'état de ses coreligionnaires le choque. Non seulement ils sont pauvres, mais ils sont aussi très isolés et vivent dans un repli total, oubliés de tous. L'espagnol, cette lanque qu'il sont emportée dans leurs bagages [le ladino ...] les maintient aujourd'hui, dans une insularité qui les condamne. (p. 39).
Mais "les nouvelles orientations pédagogiques, la priorité accordée au français et au turc déplaisent aux petits rabbins qui justifient leur rôle social par des fonctions éducatives de moins en moins reconnues. Ils ne se laisseront pas faire. .../... Abraham-Salomon, président de l'administration consistoriale, n'est "qu'un despote", un "autocrate", ! Ses décisions sont intempestives et il les prend "sans jamais consulter personne". Il mérite d'etre excommunié !" (p. 53)
Faut-il y voir ici l'explication, 150 ans après..., de l'absence de toute mention de cette famille à "Musevileri Müzesi" ( Musée Juif de Galata) ?

L'internationalisation et l'occidentalisation de la finance
"Abraham et Nissim l'ont compris : désormais pour être une banque forte, ici, à Constantinople, il faut exister dans l'univers de la finance, là-bas, à Londres, ou à Paris. A l'évidence, un crédit au gouvernement ottoman se laisse bien mieux négocier de la capitale française que des ruelles mal pavées de Galata." (p. 69).
Pouvons-nous aussi déceler une "compassion" envers l'Empire ottoman dont il n'est pas difficile de voir qu'il "s'est engagé dans un engrenage où les nouveaux crédits ne servent plus qu'à payer les intérêts très élevés des avances précédentes" (p. 74) ?
retour vers mosaïque impériale : 1807 - 1876
! vers mosaïque impériale : 1807 - 1876 !

Le Constantinople des Kamondo

Par leur puissance économique, leur réussite sociale et leur engagement communautaire, les Kamondo ont marqué de leur empreinte le Constantinople ottoman levantin du XIXè !
! juste en dessous de Kamondo han !
Kamondo merdivenler
! un mausolée bien abandonné !
Kamondo anıtkabir
! à Karaköy !
Kamondo han à Karaköy
! sur les bords de Haliç !
Kamondo sarayı sur Haliç
Nous avons même la liste des dix Kamondo han, pour la plupart situés au pied de Galata kulesi :
- Saatçı han, Persembe pazar sok.
- Lacivert han, Zülfaris sok.
- Ibret han, Sevud sok.
- Latif han, Sevud sok.
- Dilber han, Karaköy meydanı
- Kamondo han, Yorgancılar sok.
- Yakut han, Mertebani sok.
- Kuyumcular han, Yorgancılar sok.
- Lüleci han, Sirkeci
- Gül han, Billur sok.
Toujours grâce Nora Şeni, nous pouvons détailler cette empreinte urbaine des Kamondo : en 1889, ils possèdent en Turquie 56 propriétés dont dix han, neuf immeubles de rapport, cinq maisons particulières à Galata ou Pera avec également un théâtre et des magasins ; des magasins aussi à Üsküdar, des terrains, une briqueterie, des oliviers à Narli et une ferme à Corlu.
! découvrez Kamondo An·tkabir au-dessus de Haliç !
! découvrez Kamondo Anıtkabir au-dessus de Haliç !
! un autre arbre généalogique !

des sites à consulter...

! le répertoire du fond Camondo aux Archives Nationales !
! l'arbre génalogique des Camondo !
! à Paris le Musée Nissim de Camondo !