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V. L. Bourrilly :
- "L'Ambassade de la Forest et Marillac à Constantinople 1535-1538"
Revue Historique n° 76, Mai-Juin 1901, p. 297-328
- "Bertrand de la Borderie et le Discours du Voyage de Constantinople 1537-1538"
Revue des Etudes rabelaisiennes IX, 1911, p. 183-220

Quelques sources...

 
! pour découvrir un magifique plan de l'Istanbul de Soliman !
Découvrir avec La Forest, le panorama de l'Istanbul de Soliman !

1537 : la scandaleurs alliance accouche... d'une souris !

Mais les choses sérieuses commencent en 1537. En Italie une rumeur enfle : Charles-Quint est à nouveau très actif en Italie et penserait même à attaquer directement le Turc ! L'alliance franco-turque dont nous avons parlé n'a-t-elle pas tout prévu ? Pendant que François 1er attaquera Milan pour venger Pavie, Soliman attaquera le royaume de Naples. Mais François 1er semble vouloir jouer sur tous les tableaux. Pour obliger Charles Quint à conclure la paix à ses conditions, il le menace bien de son alliance avec le Turc et il essaie aussi de s'entendre avec les Etats italiens pour les liguer contre lui. Comme Venise hésite, prise entre deux feux, aussi dangereux l'un que l'autre - elle connaît les obsessions italiennes du roi français ! - c'est peut-être pour la rassurer que François 1er décide finalement d'attaquer en… Flandre et de Picardie ! Mais côté turc, on voit tout ça comme un moyen de ne pas fournir l'aide militaire promise.
Car Soliman, lui joue le jeu et après avoir mis un peu d'ordre en Perse, il quitte Constantinople le 17 mai en passant par Andrinople, la Thrace, la Macédoine et s'installe à Avlona en Albanie - juste en face de l'extrémité de la botte italienne. Pendant ce temps, pour la flotte française de Saint-Blancard censée rejoindre celle de Barberousse, il est urgent de... s'attarder à Marseille ! Face à cela Soliman change aussi de carte et décide d'attaquer l'île de Corfou, possession de Venise ! Mais Corfou résiste et au moment où Soliman décide d'abandonner pour rentrer à Constantinople, la flotte française arrive ! Quand même un peu tard : ça ne fait pas très sérieux !
Avec la flotte française, il y a l'adjoint de La Forest, Marillac rentré en France quelques mois auparavant pour rendre compte à François 1er, accompagné de Bertrand de La Borderie un autre parent de la Forest. Là, à Avlona ils apprennent la mort de la Forest un peu avant au début de septembre 1537. Sur l'invitation, probablement très pressante d'un Soliman pas content du tout du comportement de son nouvel allié français, Marillac rentre à Constantinople, probablement autant comme otage que comme ambassadeur intérimaire !
Finalement une très scandaleuse alliance qui tourne un peu court : la Montagne accouche d'une souris !

1533 : quand Barberousse sert d'intermédiaire...

Frangipani rentre en France pour remettre la réponse de Soliman à François 1er qui vient d'être libéré en laissant ses enfants en prison comme otage. Juste après que François 1er a envoyé un messager pour remercier Soliman, en Hongrie à Mohacs, les Ottomans écrasent les Hongrois et le roi des Hongrois, beau-frère de Charles Quint est tué. Une partie du royaume hongrois est donné à Jean Zapolya, un allié des français et ottomans, grâce à la médiation d'un espagnol travaillant pour les français : Antonio Rincon - n'oubliez pas ce nom ! C'est pourquoi les Habsbourg accusent les français d'être responsable de cette défaite et d'être le "bourreau chrétien" de la chrétienté. En plus en 1529, c'est le premier siège de Vienne.
François 1er essaye de se défendre en montrant que ce rapprochement est utile pour la chrétienté puisqu'il obtient de Soliman des libertés et garanties pour les Lieux Saints chrétiens de Jérusalem. En plus, il signe avec le Roi d'Angleterre, un traité contre les Turcs "notre ennemi commun", et pendant qu'il y est, épouse Eléonore de Habsbourg, la sœur de Charles Quint.
Toutes ces vélléités apparentes de paix, ne détournent pas compètement François 1er de ce constat : chaque attaque ottomane en Europe Centrale fédère les Princes allemands au moment même où ils se déchirent avec l'apparition du Protestantisme ! et il obtient alors exactement le contraire de ce qu'il veut : ces princes, oubliant leur discorde, se jettent dans les bras de Charles Quint. Donc son plan reste clair : pousser Soliman à attaquer mais en Italie - décidément malgré Pavie, François 1er a bien du mal à se débarrasser des ses illusions italiennes !
Pour cela, en 1533 Antonio Rincon - encore lui - organise au Puy en Velay une rencontre secrète entre François 1er et un envoyé de Khayr al Dinin - notre célèbre Barberousse - qui règne sur l'Afrique du Nord et vient d'être nommé Kaptan pacha - commandant en chef de la flotte ottomane. La visite de l'envoyé de Barberousse, avec ses esclaves et ses lions a du faire grand bruit dans le Puy en Velay du XVIè siècle mais n'empêchera pourtant pas, l'année suivante une nouvelle rencontre franco-ottomane à Châtellerault.

La Forest : premier ambassadeur français près le Grand Seigneur

- l'Aventurier, Antonio Rincon
- le Marin, Baron de la Garde, dit Capitaine Polin
- l'Ambitieux, Gabriel d'Aramon

à suivre : les successeurs...

la France en Europe au XVIè et la course à l'Empire

Grâce à Louis XI, les frontières de la France commence à ressembler à celles de la France d'aujourd'hui même si à l'ouest, la Bretagne ne se réunira qu'en 1532 et à l'est plus tard encore la Lorraine, la Franche-Comté, la Savoie.
Et en Europe, après la chute du royaume de Bourgogne en 1477 deux puissances seulement se font face : la France à l'ouest et le royaume de Charles-Quint ; ou "les" royaumes de Charles-Quint qui font de lui le plus puissant monarque : il est roi d'Espagne, a hérité de la Bourgogne et a été élu en 1519 "Empereur" du Saint-Empire Romain Germanique contre le "candidat" François 1er.
Selon "l'idéologie" chrétienne de l'époque, devenir "l'Empereur" - il n'y en a qu'un -, c'est prendre la succession de l'Empire Romain d'Occident, puis de l'Empire Byzantin, c'est être à la tête de l'Empire universel et unique, incarnation de la volonté divine et dont l'Empereur est le représentant sur terre. Un héritage qui a de quoi faire perdre la tête ; ainsi lorsque Charles VIII entre dans Naples en 1495, c'est revêtu de tous les attributs de la dignité impériale : le sceptre, le globe...
Mais depuis 1453, un troisième compère cherche à rentrer dans le club très fermé des prétendants à la succession impériale ! Süleyman le Législateur - Soliman le Magnifique - qui interpelle Charles-Quint en lui demandant qui il est pour pouvoir ainsi oser prétendre à ce titre puisque c'est lui le Conquérant de Constantinople qui a trouvé dans les meubles, l'héritage de l'Empire Byzantin : s'il doit y avoir un Empereur universel, c'est lui et lui seulement !
... 1537 Bertrand de la Borderie ...

il y a aussi les... assistants

... Charles de Marilac (vers 1510 - 1560)...

1525 : premières tentatives après la défaite de Pavie

Comme tous ses prédécesseurs pour construire la France moderne, François 1er avait de grandes ambitions en Italie. Mais en 1525 à Pavie complètement battu par Charles Quint, il doit abandonner ses ambitions italiennes. Lui, le Roi de France, se retrouve prisonnier. La France est humiliée et dans l'Europe très chrétienne personne ne veut ou ne peut l'aider. Alors, la "valide sultan !" - la Reine-mère - du " Très chrétien " souverain français, Louise de Savoie, qui veut sauver son fils et le Royaume, analyse la situation - une vraie tête politique qui fait de la" realpolitik " avant l'heure - et malgré sa grande opposition aux turcs barbares et infidèles musulmans, tire la conclusion : il ne reste qu'un seul allié possible en Europe, le sultan ottoman - le Grand Seigneur ! Louis de Savoie, elle, a compris une vérité qui dure depuis 500 ans : chaque fois que la France affronte tensions, problèmes, risques en Europe Centrale et Balkanique, elle a besoin de la Turquie.
Très probablement tout de suite quelques semaines après la défaite de Pavie, Louise de Savoie envoie une première ambassade chargé d'or, de cadeaux et bijoux extraordinaires qui n'ira pas loin : en Bosnie le pacha local massacre tout le monde et à l'occasion récupère les bijoux. Ainsi quelques années plus tard à Istanbul les ambassadeurs remarqueront au doigt d'Ibrahim pacha, un rubis très joli et qui ne leur est pas inconnu ; Ibrahim pacha grand ami et Grand Vizir de Soliman.
Mais la Reine-mère ne se décourage pas et en 1525 envoie un deuxième envoyé, Jean Frangipani, un croate. Lui réussit à passer et à Istanbul, remet à Soliman la lettre écrite par la Reine-Mère.

février 1535 : le précurseur érudit : Jean de la Forest

C'est dans ce contexte qu'en 1535, le premier ambassadeur français officiel, Jean de la Forest, accompagné de son cousin Charles de Marillac est envoyé à Istanbul. Maintenant François 1er ne cache plus ses relations avec le Turc ! On sait peu de choses sur La Forest : il est né en Auvergne, a beaucoup étudié, parlait latin et grec et a travaillé comme haut fonctionnaire à Rome. Officiellement sa mission à Istanbul est uniquement économique. Mais essayons de décrypter les "véritables" instructions de François 1er pour son ambassadeur ?
D'abord, passer voir Baberousse, le remercier pour son aide pour l'établissement des relations avec les Turcs et surtout de lui demander d'attaquer partout les possessions de Gènes, comme la Corse, et ses bateaux pendant que les français attaqueront en Italie par la terre. C'est pourquoi La Forest, parti en février 1535, passe par Tunis avec Barberousse avant d'arriver à Constantinople au printemps où il ne trouve pas Soliman qui est en Perse. C'est quand celui-ci rentre à Istanbul à la fin de l'année que La Forest peut lui présenter enfin les demandes de François 1er : d'abord de l'argent ! précisément 1 million en or pour rembourser les nombreuses dépenses militaires faites par la France.
Deuxièmement, reporter la pression ottomane contre Venise sur Charles Quint, sans attaquer la Hongrie pour ne pas fédérer les Princes Allemands mais plutôt le Royaume de Naples et Sicile. Sur ces aspects militaires, nous ne savons pas exactement ce que répond Soliman ? Toujours est-il qu'il signe un traité économique assez complet en février 1536, une infamante alliance qui fait grand scandale dans la très chrétienne Europe.
Ensuite, que se passe-t-il ? Pas grand'chose ! Certes en septembre 1536, pour la première fois les Français conduit par Saint-Blancart et les Ottomans par Barberousse, ensemble s'emparent d'Ibiza et razzient les côtes espagnoles ; dans la foulée, les ottomans hivernent à Marseille aux frais du Trésor royal !
description passionnante du manuscrit impérial...
! merci à türk kültürü !
! le manuscrit original avec un zoom navigable  !

1526 : la réponse de Soliman à François Ier !

Magnifique exhortation à tenir bon :
"Lui (Dieu) est élevé, le riche, le généreux, le secourable
Moi qui suis, par la grâce de celui dont la puissance est glorifiée et dont la parole est exaltée, par les miracles sacrés de Mohammed (que sur lui soient la bénédiction de Dieu et le salut), soleil du ciel de la prophétie, étoile de la constellation de l'apostolat, chef de la troupe des prophètes, guide de la cohorte des élus, par la coopération des âmes saintes de ses quatre amis Aboubekr, Omar, Osman et Ali (que la satisfaction de Dieu très-haut soit sur eux tous), ainsi que tous les favoris de Dieu ; moi, dis-je, qui suis le sultan des sultans, le souverain des souverains, le distributeur des couronnes aux monarques de la surface du globe, l'ombre de Dieu sur la terre, le sultan et le padichah de la mer Blanche, de la mer Noire, de la Romélie, de l'Anatolie, de la Caramanie, du pays de Roum, de Zulcadrié, du Diarbekr, du Curdistan, de l'Azerbaïdjan, de la Perse, de Damas, d'Alep, du Caire, de la Mecque, de Médine, de Jérusalem, de toute l'Arabie, de l'Yemen et de plusieurs autres contrées que mes nobles aïeux et mes illustres ancêtres (que Dieu illumine leurs tombeaux) conquirent par la force de leurs armes, et que mon auguste majesté a également conquises avec mon glaive flamboyant et mon sabre victorieux, sultan Suleiman-Khan, fils de sultan Sélim-Khan, fils de sultan Bayezid-Khan.
Toi qui es François, roy du pays de France, vous avez envoyé une lettre à ma Porte, asile des souverains, par votre fidèle agent Frankipan [L'ambassadeur Frangipani], vous lui avez aussi recommandé quelques communications verbales ; vous avez fait savoir que l'ennemi s'est emparé de votre pays, et que vous êtes actuellement en prison, et vous avez demandé ici aide et secours pour votre délivrance. Tout ce que vous avez dit ayant été exposé au pied de mon trône, refuge du monde, ma science impériale l'a embrassé en détail, et j'en ai pris une connaissance complète.
Il n'est pas étonnant que des empereurs soient défaits et deviennent prisonniers. Prenez donc courage, et ne vous laissez pas abattre. Nos glorieux ancêtres et nos illustres aïeux (que Dieu illumine leur tombeau) n'ont jamais cessé de faire la guerre pour repousser l'ennemi et conquérir des pays. Nous aussi nous avons marché sur leurs traces. Nous avons conquis en tout temps des provinces et des citadelles fortes et d'un difficile accès. Nuit et jour notre cheval est sellé et notre sabre est ceint.
Que Dieu très-haut facilite le bien ! A quelque objet que s'attache sa volonté, qu'elle soit exécutée ! Du reste, en interrogeant votre susdit agent sur les affaires et les nouvelles, vous en serez informé. Sachez-le ainsi."


Ecrit au commencement de la lune de rebiul-akhir 932 (15-24 février 1526), à la résidence de la capitale de l'empire, Constantinople le bien gardé.